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Au secours des corbeaux

Thème : Mystère

Joueurs : 3 / 5

Difficulté : Modéré

Lecture : ~17mn. (4148 mots)

Dialogue Infiltration Organisation Poursuite

Source : Backstab Magazine - Backstab n°32, proposé par Fenryll.

Le hasard d'une rencontre va entrainer les personnages fraichement arrivés à Marienburg dans une enquête urbaine. De leurs actions dépendra la survie d'une importante famille de marchands prête à les récompenser généreusement, du moins selon les critères marienbourgeois.

Introduction

Marienburg, le plus grand port du Vieux Continent, est une ville construite sur l'eau. Où que vous soyez, la mer n'est jamais loin. Son odeur est partout et il y a peu de rues qui soient épargnées par ce mélange d'odeurs marines et d'immondices rejetées dans les canaux. C'est la capitale des marchands. Ils sont les garants de son indépendance et de sa prospérité. Mais cette réussite a un prix. À Marienburg, les intrigues sont monnaies courantes. Entre deux spéculations, on complote pour faire tomber son concurrent. La diffamation, les escroqueries et les menaces sont le pain quotidien de tous les habitants un tant soit peu importants. C'est dans cette cité où les complots se font et se défont au rythme des alliances que les personnages débarquent. Ils ont sûrement entendu parler de Marienburg de réputation mais il est temps pour eux de goûter à sa saveur unique. Et comme leur propose le capitaine du bateau qui les a amenés jusqu'ici : "Autant commencer par vider quelques chopines locales, rien de tel pour appréhender une culture étrangère !"

Tristesse et espoir
La famille Raben était une famille marchande prospère jusqu'à l'assassinat, il y a douze ans, du couple Raben et de leur fille Anna, lors d'une embuscade organisée par des brigands pour le compte d'une famille concurrente, les Van Denbar. Depuis, c'est la grand-mère Hegna Raben qui dirige l'affaire familiale. Elle tire le principal de ses revenus d'une concession accordée par le Directorat. Cette dernière leur permet de recevoir des taxes sur les commerces d'un quartier et de prélever un droit de passage sur une série de bacs reliant des quartiers isolés. Cette concession arrive bientôt à son terme et sans successeur, la famille Raben ne peut la renouveler.

Un espoir subsiste. Hegna a entendu parler d'une fille d'une douzaine d'années surnommée "le corbeau" à cause d'un tatouage de corbeau situé sur son épaule (tous les membres de la famille se font tatoués un corbeau - emblème de la famille, peu après leur naissance - et cette jeune femme serait sans doute une petite-fille d'Hegna). Elle fait partie d'un groupe de vagabonds appelés les Rats d'égouts. Hegna a envoyé son homme de confiance, Bors, pour enquêter. Celui-ci a découvert où la fille était cachée et pensait la ramener auprès de sa grand-mère lorsque des esclavagistes ont enlevé la plupart des Rats d'égouts, dont Anna. Après avoir repéré le repaire de ces derniers, Bors est parti en hâte prévenir Hegna. Hélas, Ygerne lui est tombée dessus avant. Avec son compagnon Yann, elle a été engagée par le doyen Van Denbar, qui a compris le but des enquêtes de Bors, et qui refuse que la concession lui échappe. Ordre a été donné au duo de tuer la fille et tous ceux qui voudraient la récupérer.

Un accueil marienburgeois
Les personnages qui ont suivi le conseil de leur capitaine, se retrouvent attablés à une table proche de celle de Bors. Celui-ci est inquiet, se sentant suivi. Quelque part dans la salle, Yann provoque une bagarre, focalisant ainsi l'attention générale vers le comptoir. Ygerne, postée à l'extérieur, décoche un carreau empoisonné sur Bors. Celui-ci s'effondre aux pieds des PJ. Dans un dernier souffle, il murmure à l'oreille de l'un d'eux : " Hegna... allez voir la vieille Raben... parlez-lui de la mouette criarde. Vous serez riches..." Après cet assassinat spectaculaire, le chahut se calme rapidement. La milice vient prendre la déposition des personnages peu après. La victime est connue dans le quartier. Il se nomme Bors et travaille pour Hegna Raben. Si les personnages ne s'y rendent pas de leur propre chef, la matriarche les fera diligemment mander dans sa demeure pour entendre leur témoignage de vive voix.

À l'écoute du récit de ses hôtes, la vieille femme restera pensive un instant, avant de leur proposer de reprendre le travail de Bors. Etant des étrangers, personne ne se méfiera d'eux. Leur but : ramener une jeune fille d'une douzaine d'années qui porte un tatouage de corbeau sur l'épaule. Elle se trouve dans le quartier Suiddok. Bors logeait au Goéland gueulard, anciennement la Mouette criarde ; Hegna invite les PJ à démarrer leur enquête à cet endroit. Pour ce qui est du salaire, en dehors des dix couronnes qu'elle leur donne immédiatement, elle promet une récompense dix fois plus importante au final. Dernière recommandation, les personnages ne doivent revenir dans sa demeure qu'en cas d'extrême urgence ou avec sa petite fille, car les espions rôdent.

L'enquête

Nous vous proposons maintenant une description des événements et des acteurs de cette intrigue. Vous serez libres d'introduire vos propres éléments dans cette trame. Cette partie se veut le moins linéaire possible et demandera par conséquent plus de travail qu'un scénario classique.

Le Goéland gueulard/Mouette criarde
Surgof est le tenancier de cette petite auberge relativement propre. La salle commune est sale mais les trois chambres sont plus accueillantes, celle de Bors est vraiment confortable. En fait, la famille de Surgof s'est endettée auprès des Raben et sert depuis les marchands qui utilisent l'auberge comme un pied à terre dans ce quartier qui leur est étranger. Le groupe sera logé dans les combles, sous le toit. Il aura ainsi le privilège d'être réveillé par les mouettes aux premières lueurs de l'aube. En effet, les deux chambres sont occupées respectivement par un couple assez discret, Yann et Ygerne, et un vieux pêcheur qui loue à l'année.

Surgof ne sait que peu de choses sur les activités de Bors. Le dernier soir, celui-ci est rentré plein de boue et inquiet. En dehors de cela, il a fait la tournée des tavernes locales et a reçu plusieurs fois la visite d'une pute, "un joli brin de fille tilléenne. Une brunette toujours en blanc, avec un de ces parfums ! Rien qu'à renifler ça promettait le paradis ! ". Ses affaires sont restées intactes dans sa chambre. Ses habits maculés d'une boue rougeâtre sont sur le lit. Une panoplie complète de ratier est rangée dans un placard.

La piste des prostituées

La prostituée que Bors côtoyait se nomme Julia. Elle est en relation avec Flanery, à qui elle désigne certains clients. Bors voulait rentrer en contact avec les brigands et les Rats d'égouts par son intermédiaire. Julia est originaire de Tillé et séjourne à l'auberge "Le Bigorneau", un établissement faisant salon de thé, restaurant de fruits de mer (une des meilleure table de la ville) et auberge. Mais c'est surtout un bordel de luxe. La propriétaire de cet établissement est la tsarine, surnommée ainsi en raison de ses origines kislévites nobles (une famille décimée lors de la vague de chaos qui détruisit Praag). Elle distille un alcool de patate très apprécié dans l'enclave kislévite. Son chef du personnel est Guillemin le gnome. Un mercenaire à la retraite qui veille à la paix de ce lieu de plaisir où l'on côtoie pêlemêle voleurs fêtant un cambriolage, riches marchands en affaire et miliciens en fin de service.

Comme partout, si les PJ se montrent désagréables, voire violents, la tsarine affirmera que "la fille de Tillé" est repartie dans son pays. S'ils se font passer pour des clients ou se montrent polis, ils pourront discuter avec la tilléenne. Julia leur expliquera que Bors cherchait des informations sur une jeune fille avec un tatouage de corbeau sur l'épaule qui traînerait dans le quartier, apparemment membre d'un groupe de mendiants vivant dans les sous-sols - des Rats d'égouts.

Elle pourra mettre les PJ en relation avec Flanery, inquiet de la disparition de "son orpheline". Julia se montrera moins bavarde si les PJ ne sont pas courtois et généreux. Il n'est pas impossible qu'elle contacte Flanery afin qu'il leur tombe dessus.

Intervenant : Flanery et ses hommes
Ils n'apprendront la disparition des Rats d'égouts qu'après quelques jours d'enquête des PJ ou après une discussion avec Julia. S'ils remarquent le manège des personnages, ils les suivront et essayeront un jour ou l'autre de rentrer en contact avec eux. Suivant le comportement des aventuriers, ce sera une discussion prudente dans une taverne sûre ou une altercation musclée au coin d'une rue. Il serait plus sage de s'en faire des alliés. Flanery n'est pas un homme idiot et même si la première rencontre n'a pas été amicale, il se montrera raisonnable le temps de retrouver Anna. Ensuite...

Intervenant : l'apothicaire
Bardrawk, un herboriste d'une trentaine d'années, passera à l'auberge de Surgof pour apporter à Bors des onguents contre les morsures de rat. Le tenancier le présentera aux PJ. L'herboriste peut leur apprendre que Bors comptait descendre dans les égouts et voulait se prémunir d'une infection.
Fausse piste : si le groupe à l'air un peu naïf, il leur dira qu'il n'a pas pu avoir la quantité d'onguent nécessaire car un de ses concurrents a organisé un cambriolage de ses réserves. Si les PJ acceptent de l'aider, il leur donnera les onguents. Cette histoire est bien évidemment montée de toutes pièces, mais l'apothicaire espère que ces bonnes poires l'aideront à mettre en difficulté son adversaire. Après une telle action, les PJ devront se montrer discrets s'ils ne veulent pas avoir maille à partir avec les Cagoules noires.

Anna
Anna a été recueillie par les brigands qui ont tué ses parents. C'est une fille de caractère qui, après s'être violemment disputée avec Flanery, le chef des brigands qui l'avait prise sous son aile, a quitté la bande. Elle a trouvé depuis une nouvelle famille, les Rats d'égouts.

La piste des égouts

Tôt ou tard, les PJ s'intéresseront aux égouts. L'accoutrement de ratier de Bors leur a peut-être mis la puce à l'oreille, à moins qu'ils n'aient rencontré l'apothicaire.
Soignez votre expédition en n'oubliant pas de décrire l'infection qui règne dans les égouts. Le groupe ne trouvera pas obligatoirement quelque chose d'intéressant dès sa première descente, surtout s'il s'embarque sur une mauvaise piste !

Les Rats d'égouts
C'est une communauté qui vit dans les égouts de Stoessel, le quartier de Suiddok. Ce sont des miséreux qui survivent de mendicité et de rapines. Leur vie est misérable, la faim ou la maladie fauchant régulièrement bon nombre d'entre eux. Ils sont réunis par un esprit communautaire très fort. C'est là qu'Anna a trouvé refuge après son départ de chez les brigands. En particulier auprès de "mamie", une vieille femme estalienne. Actuellement, ils se sont retirés loin dans les égouts et se terrent dans un chenal à sec en attendant de trouver mieux.

Le repaire des Rats d'égouts
Les PJ peuvent le trouver grâce à l'aide de Flanery ou après de nombreuses heures de recherche dans le dédale puant. Après une errance qui devrait sembler interminable aux PJ, faites-les déboucher dans une série d'alcôves. Là, ils découvriront des fils accrochés aux parois, auxquels des têtes de rats sont suspendues. Des cadavres gisent au milieu de la cachette en pagaille. Si les PJ les scrutent attentivement, ils devraient facilement remarquer (bonus de + 20 au jet de Perception), qu'un des cadavres est trop bien en chair pour faire partie des occupants des lieux. Il porte un tatouage de crabe sur l'avant-bras.

Si les PJ sont accompagnés des brigands, ils pourront rencontrer les Rats d'égouts qui ont survécus. Ils seront d'abord très réticents et soupçonneux. C'est uniquement en se montrant convaincants, en proposant de sauver leurs compagnons, que les PJ pourront obtenir l'aide des rescapés. Ce seront des informateurs relativement sûrs, mais ils ne risqueront pas leur vie pour les PJ.

La piste des tatoués

Trouver des informations sur ce tatouage de crabe ne sera pas simple. C'est un tatouage assez populaire parmi les naufrageurs et les coupe-jarrets. Cependant, à force de persuasion et de piécettes, les PJ apprendront que des brutes vivant surtout du racket portent un crabe sur l'avant-bras en signe de reconnaissance. Le renseignement sera plus facile à obtenir s'ils sont en bon terme avec les Rats des égouts ou les bandits de Flanery.

Le repaire des "Tourteaux" est une vieille maison de bois construite sur un ponton. Suivant l'heure, il y a de un à trois solides gaillards à l'entrée. À l'intérieur, les hommes ne sont pas plus de six en comptant Hermud, un colosse originaire de l'Empire. En dehors de leur carrure et du nombre, ils ne sont pas très courageux ni fidèles pour un sou. En mauvaise posture, ils n'hésiteront pas avouer qu'ils ont servi de rabatteurs aux esclavagistes. Ils ignorent la localisation de la cachette de ces derniers mais soupçonnent qu'elle n'est pas directement à l'intérieur de la ville. En effet, les esclavagistes ont embarqué tout ce monde sur un petit bateau inadapté à la haute mer, qui a fait voile vers la sortie du port. En insistant un peu, un Tourteau précisera que le repaire ne peut pas être bien loin. Leur bateau est souvent apponté aux quais les plus proches de l'entrée du port.

Fausse piste : l'un des hommes interrogés par les PJ a assez de cran pour leur mentir. Selon lui, ce serait les Murènes - un groupe de voleurs du quartier bien plus sérieux - qui seraient les responsables de l'enlèvement (le menteur à un Charisme de 28). Si les PJ partent à la recherche de ce groupe, ils risquent d'avoir des problèmes plus importants que d'affronter quelques gros bras. Néanmoins, s'ils se montrent diplomates, cette fausse piste leur apportera des contacts et des relations dans la bande des Murènes (cambrioleurs et receleurs pour la plupart).

Yann et Ygerne
Yann est un comédien né. C'est un homme charmant, courtois et un brin moqueur. Il a réussi à charmer la terrible Ygerne. Depuis maintenant trois ans, ils opèrent en duo, travaillant pour les plus grandes familles de la ville. Après l'assassinat de Bors, Ygerne va laisser son compagnon faire son travail de filature et d'enquête. C'est un bonus et un extra pour vous. Yann peut intervenir à n'importe quel moment pour aider les PJ - afin de leur faciliter la tâche - ou leur mettre des bâtons dans les roues s'ils progressent trop vite. Avant d'arriver à la demeure Raben, une confrontation avec l'espion sera inévitable. Bien sûr, Yann préfèrera enlever Anna pendant un moment d'inattention sans affronter les PJ, mais si c'est nécessaire il attentera une action plus frontale : une embuscade menée par des dockers et des manutentionnaires en nombre lui servira de diversion. Il n'est pas nécessaire qu'il survive à cette tentative. Simplement, cela rendra Ygerne plus impitoyable que jamais et si la vengeance d'un assassin expérimenté risque de signer l'arrêt de mort de vos PJ, laissez plutôt Yann filer en boitillant.

Fausses pistes


Tout le monde n'est pas prêt à aider les personnages pour rien. Qui plus est des lourdauds d'étrangers ! L'un des sports nationaux étant le mensonge, les marienburgeois auront tendance à être imaginatifs dans leurs réponses. Les réactions des locaux dépendront du comportement des PJ à leur égard. Certains essayeront de leur soutirer quelques pièces, de les escroquer ou pire.
Voici quelques exemples :
- Les mendiants sont des experts pour soutirer de l'argent à des étrangers trop naïfs. Après moult hésitations et après avoir repéré une dizaine de fois que donner une telle information le met en péril, le vagabond lâche une fausse adresse dans le quartier de Doodkanal (page 54), contre une forte somme évidemment. Une bourse trop voyante pourrait justifier une attaque dans les heures suivantes. Le mendiant n'hésitant pas à leur donner rendez-vous dans un endroit discret, une impasse par exemple. Si les PJ sont véhéments ou trop méprisants, leur informateur leur tendra une embuscade avec dix de ses congénères, ne serait-ce que pour déverser des immondices depuis les toits sur les impolis.
- Les PJ sont abordés par un homme étrange emmitouflé dans un manteau sombre. Il les qualifie de débutants destinés à nourrir les poissons et leur conseille de quitter la ville. C'est un espion bretonnien qui les a pris pour des agents impériaux. L'affaire peut encore se compliquer avec l'intervention d'un véritable espion de l'Empire. Se faisant passer pour un marchand de Bögengaffen, Franz Krugelt, agent impérial, mettra les PJ en garde contre le bretonnien en ces termes : "C'est un homme fou et dangereux qui s'en prend régulièrement à des innocents. On les retrouve à chaque fois empoisonnés. Hélas, personne ne fait rien. Il est surement protégé par quelqu'un de puissant. Si j'étais vous, je prendrais les devants... avant que l'on retrouve votre cadavre flottant dans le canal.". Si les PJ se laissent emporter dans cette histoire, les autorités bretoniennes risquent de les considérer comme des sbires de l'Empire. Un séjour prolongé devient dangereux.

Les esclavagistes et le final

Ils sont plus organisés et plus nombreux - une trentaine au total - que les Tourteaux. Leur commerce est beaucoup plus critiqué par le Directorat, ce qui les rend plus méfiants et prudents. De ce fait, leur repaire est à l'extérieur de la ville dans une grotte naturelle dont l'accès est protégé par des récifs. Le bateau jette l'ancre le plus près possible des côtes et le transfert des prisonniers se fait en barque à la nuit tombée. L'entrée est en partie dissimulée par une cascade, un petit cours d'eau dérivé par les esclavagistes. Dans le repaire, une trentaine de prisonniers - presque tous des Rats d'égouts - survivent dans des conditions lamentables. Ils sont enfermés dans deux grandes salles fermées par d'épaisses grilles en fer forgée. Le reste de l'espace est occupé par des barils contenant de nourriture, quelques tables à l'intention des gardes et une épave de bateau échouée près du quai. Cette dernière sert d'habitation à la douzaine d'esclavagistes qui stationnent en permanence dans le repaire. Actuellement, le reste des hommes livrent la précédente prise à Brionne, en Bretonnie. Les habitants les plus proches sont des bergers qui font paître leurs moutons sur la côte escarpée. Par la peur et par l'appât du gain, les esclavagistes obligent ces éleveurs à les renseigner sur d'éventuels visiteurs et à égarer les fouineurs. A la moindre occasion raisonnable, les bergers les trahiront. Aux PJ de se montrer assez déterminés pour les convaincre de parler.

En longeant discrètement la côte avec une petite embarcation, les PJ ont une chance de ne pas se faire repérer. Les esclavagistes jettent de temps en temps des coups d'oeil à l'extérieur, mais si les PJ se montrent prudents, ils devraient découvrir l'entrée de la grotte derrière la cascade sans donner l'alerte. Par les sentiers côtiers, ils tomberont presque obligatoirement sur le cours d'eau et ses rives pleines de la même boue rouge que celle qui maculait les vêtements de Bors. En suivant son cours, ils arriveront au pied de la cascade. La rivière détournée a provoqué des effondrements de terrain ; l'un d'entre eux débouche sur le repaire par un boyau souterrain - en prêtant l'oreille, on entend parfois les plaintes des prisonniers. Vu les effectifs des esclavagistes sur place, la discrétion sera la méthode payante. La cachette troglodyte est très mal éclairée (surtout du côté des cellules) et les tours de garde sont presque inexistants du fait de I'état de fatigue des esclaves. Arriver jusqu'aux geôles ne sera pas un problème (bonus au déplacement rural) mais sortir une trentaine de prisonniers ne tenant pas tous sur leurs jambes à la barbe de leur geôliers sera un exploit ! Le compromis serait d'éliminer les gardes un par un et de bénéficier de l'effet de surprise (et si les PJ mettent le feu à l'épave ?).

Si Flanery participe au sauvetage, ce sera un jeu d'enfant. Dans ce cas, vous pouvez corser les choses en faisant revenir inopinément les esclavagistes partis livrer la dernière cargaison à Brionne. C'est la seule scène vraiment épique de cette aventure alors n'hésitez pas à décrire la foule des prisonniers qui fuient, les cris, ceux qui tombent ou qu'il faut porter. Les Rats d'égouts sont solidaires, ils n'abandonneront pas les plus lents. Sans Flanery pour identifier directement "le corbeau", les PJ seront obligés de sauver tout le monde. Et même s'ils ont Anna en leur possession, elle refusera de partir sans ses amis. Il faudra alors l'assommer ou lui promettre de revenir avec des renforts (test de Charisme) si les PJ ne se sentent pas l'âme de héros.

Conclusion et bilan

Une fois Anna sauvée, tous les problèmes ne sont pas résolus : la jeune fille refuse d'aller voir sa soi-disant grand-mère et d'abandonner les Rats d'égouts ; Flanery s'il est présent, prendra sa défense arme au poing si nécessaire ; Yann peut trouver le moment opportun pour intervenir - alors que tout le monde est fatigué voire blessé.

Bref, les PJ ont des détails à régler avant de pouvoir encaisser leur récompense auprès de la vieille Hegna Raben. Elle leur remet une caissette pour un montant de douze couronnes par personne. Dans les jours qui suivent, alors qu'ils se prélassent dans la suite d'un petit hôtel cossu au frais de leur employeur (le lieu appartient aux Raben), des miliciens en arme font irruption dans leur chambre. Ils sont en nombre suffisant pour dissuader les PJ de toutes actions violentes. Ces derniers sont accusés d'utiliser des produits de luxe de contrebande : les savons et les essences qui parfument leurs bains ! Ils ont le choix entre deux mois de prison et une amende d'un montant presque équivalent à leur récompense (laisser leur deux ou trois couronnes par personnes). S'ils retournent voir la vieille Raben, à l'origine de l'escroquerie, elle leur dira qu'ils devraient être heureux d'avoir reçu une leçon qui, somme toute, ne leur a pas coûter un sou.

À la fin de cette première aventure, faites le bilan. Les PJ se sont-ils fait des ennemis (tenaces ou momentanés) ? Ont-ils su tisser des liens avec d'autres et entretiendront-ils ces amitiés ? Se sont-ils parfois montrés particulièrement ridicules en public, au point de passer définitivement pour des comiques ? Dans ce cas, ils ne pourront pas trouver de travail auprès de certaines personnes, d'un autre côté, on les sous-estimera. Bref, posez-vous les questions essentielles qui détermineront en partie le ton de leurs prochaines aventures à Marienburg qui, sans nul doute, ne tarderont pas !

Transformez cette aventure en campagne en poursuivant l'histoire avec le scénario "Dormez tranquille, la milice veille !" (Backstab n°33).

Par Fabien Cunillera et Gaël Oizel ; illustration : Gregory Geng.

Fiche technique
Pour les archétypes Cf. page 152-153.
Pour les gros bras : archétype du Docker, pour les esclavagistes celui du Contrebandier.
Pour les Tourteaux : archétype du Matelot +1 en F et E pour Hermud), pour les brigands et le groupe des Murènes Cf. l'archétype du Voleur - Flanery est devenu Hors-la-loi après être passé par Voleur.
Pour Yann adaptez la fiche de Hong Fu Chu, page 128, pour Ygeme adaptez la fiche de Bonifatius page 89 (ajoutez Poison). Enfin, pour Franz Krugelt c'est un Espion ayant été Marchand (entre autres).

Au secours des corbeaux