Brionne
On l'appelle parfois la cité des Voleurs ; c'est dire le laxisme de ses lois. On estime que plus de la moitié de ses onze mille habitants gagne sa vie directement par le crime et le reste en survit d'une quelconque manière. Même le Gouverneur et la milice locale sont ouvertement impliqués. La cité s'étend sur la rive nord de la Brienne, ses quais offrent un refuge, sans question, à tout vaisseau, quelque soit son activité. Pirates et trafiquants considèrent Brionne comme un endroit sûr, où ils peuvent compter sur la tranquillité tant qu'ils n'entrent pas en conflit avec les hommes du Gouverneur. Le Gouverneur qui, lui-même, s'enrichit en armant sa propre flotte de trafiquants et en imposant des taxes aux bateaux qui utilisent les quais et les entrepôts. En échange de leur contribution à la santé des coffres de la cité, les contribuables sont laissés libres de faire leurs affaires et c'est ainsi que les entrepôts des quais regorgent de divers butins obtenus de toutes les matières concevables.
On parle souvent de Brionne comme du joyau de la Bretonnie… du moins chez les Brionnois. En toute sincérité, la ville est d’une beauté remarquable, située sur une péninsule reliée au continent par une mince bande de terre. La péninsule forme une colline et la ville est adossée à son flanc. Les bâtiments sont faits des pierres blanches locales ou, dans le cas des maisons, recouverts de plâtre blanc. Le sable de la baie est idéal pour fabriquer du verre et presque toutes les fenêtres de la ville en sont pourvues, étincelant au soleil.
Le château de Brionne se trouve au centre de la ville et au sommet de l’île. Il représente tout ce à quoi aspirent les autres châteaux brionnois : le parfait mélange de beauté extravagante et de fonctionnalité irréprochable. On croirait les nombreuses petites tourelles placées au hasard, mais elles permettent d’avoir un excellent horizon de tir. De même, les hautes et minces tours contiennent des postes de garde qu’un seul homme peut défendre contre toute une armée, et qui surveillent une grande partie des environs. Les nombreux jardins clos peuvent être scellés et transformés en pièges mortels pour disposer des envahisseurs.
Le hall des ménestrels de Brionne est le plus important lieu de rassemblement de ces amuseurs du monde entier. Il s’élève sur un petit promontoire du quartier sud de la ville et il est entouré d’un jardin. Le bâtiment est circulaire, fait de pierre blanche et abrite un amphithéâtre à l’acoustique impeccable. On peut y trouver des ménestrels en représentation à toute heure du jour et de la nuit.
Le château de Gransette
Il y a quelques décennies, le château de Gransette fut le théâtre d’une tragédie digne des chants des ménestrels (qui ne se sont pas privés d’en écrire plusieurs à ce sujet). Dame Isolde avait accepté sir Gaseric comme amant, mais son époux, sir Gransette, n’était pas prêt à endosser le rôle du mari superflu. Il enferma Isolde dans la plus haute tour du château et défia sir Gaseric en duel. Ce dernier accepta à condition que le duel ait lieu dans la cour du château de Gransette, sous les yeux d’Isolde.
Les chansons racontent toutes une version différente de l’histoire, car nul ne sait comment s’est vraiment déroulé le duel. Au crépuscule, une horde de zombies est descendue dans le village de Gransette et n’a pu être repoussée que grâce à un groupe d’aventuriers. On identifia rapidement les zombies, qui n’étaient autres que les serviteurs du château, mais il n’y avait nulle trace du seigneur, de la dame ou du chevalier. Les aventuriers décidèrent d’entrer dans le château pour détruire la source du mal. Ils ne revinrent pas, pas plus que les autres groupes qui tentèrent d’y enquêter par la suite.
Le village et le château sont administrés par le duc jusqu’à ce que quelqu’un puisse découvrir ce qui s’est vraiment passé. Le bâtiment est toujours en excellent état, mais le village n’est habité que par une poignée d’âmes résistantes qui ont refusé de quitter le foyer de leurs ancêtres, aussi maudit et hanté soit-il. Les histoires parlent de spectres et d’autres étranges événements, mais les enquêteurs qui sont restés hors du château n’ont rien trouvé, tandis que ceux qui y ont pénétré n’ont jamais eu la chance de raconter ce qu’ils ont pu y découvrir.